Ne prêtant pas plus attention au cours que ma camarade, je dessinais sur ma feuille des formes indistinctes.Je savais que si je commencais un dessin plus concret, il reviendrait encore et toujours à la même forme.Cette même silhouette qui m'obsèdait tant.Puis il aurait suffit qu'elle jète un oeil sur ma feuille pour s'appercevoir que ce n'était personne d'autre qu'elle qui occupait toute mon attention.A défaut que celle-ci soit portée sur le cours.
Le midi vint, comme d'habitude, et dire que ce mot revient souvent en ce moment, je m'assis à une table, seule.Quand Elle vint vers moi.Elle me demanda d'une voix hésitante si cela ne me dérangeait pas qu'elle mange avec moi.Je lui fit non de la tête, tout en me sentant rougir d'un coup.Je sentis également mon ventre se noué.La peur de l'autre se mélangeant avec l'infime espoir de renouer un contact avec un autre monde que le mien.Je n'avala plus rien.
-T'as pas faim?me demanda-t-elle.
-Je...j'me sens pas hyper bien.
-Ah.Je vois, c'est à cause de moi pas vrai?
-Mais...mais non pas du tout!
-Ne t'en fais pas je sais ce que tu ressens mieu que tu pourrais le croire.
-Et comment tu pourrais le savoir?répondis-je en commencant doucement à m'agacée.
-Je suis désolée, j'voulais pas t'enerver en disant ca.
-Nan, c'est moi qui me laisse emporter c'est tout, ca fait lontemps que j'ai pas adresser la parole à quelqu'un.
-A vrai dire, je suis dans le même cas, donc t'en fais pas, d'habitude c'est plutôt moi qui m'enerve la première, dit-elle en me lancant un sourire timide.
Le silence retomba, mais ce bref échange pour moi était déjà une grande avancée.Je sentais mon coeur battre à vive allure, comme si après un arrêt qui avait durer plusieurs mois, il se décidait enfin à reprendre du service.Je me sentis légère, trop impatiente surement, de savoir ce qu'il se passerait ensuite.Quelqu'un avait enfin pris l'initiative de venir à moi.Ayant la même peur que moi, elle a tout de même eu plus de courage que je n'en ai eu ces derniers mois.A moi, à présent, de prendre les choses en main pour me sortir de ces habitudes étouffantes.
Après avoir fini notre repas, on alla s'asseoir sur un banc dans la cours, le même banc où je m'étais assise plus tôt dans la matinée.Le silence devenait trop pesant, je pris alors mon courage à deux mains.
-Euh...Ca te dirait qu'on aille se balader dans le parc après les cours?lui demandais-je d'une voix tremblante.
-Oui pas de problème, me répondit-elle presque immédiatement, de toute manière personne ne m'attend chez moi.
-De ce côté là, pour moi c'est la même.Au fait, puisque t'es nouvelle, je suppose que tu connais pas trop le coin?
-Bah disons que je suis nouvelle dans le lycée mais pas dans le coin.
-Pourtant je t'ai jamais croisé jme trompe?Et on peut pas dire que ce patelin soit immense, dis-je avec un léger rire.
-Je sors presque jamais de chez moi, et j'avais arrêté les cours jusqu'à aujourd'hui, donc c'est pas étonnant.
-D'autant plus qu'en y repensant, on peut pas dire non plus que je sois la première à sortir de mon appart' sauf quand il s'agit d'aller en cours où d'aller au magasin de musique au coin dla rue.
-Passionnée de musique?
-C'est peu de le dire.
Je finis à peine ma phrase que la sonnerie annoncant le début des cours retentit.
Arrivée cours, je m'assis à nouveau à côté de Lucie.Je pris une feuille qui resta blanche un long moment.Trop plongée dans mes pensées, encore une fois.J'avais du mal à croire qu'on s'était parlé.Enfin surtout, qu'on s'était parlé aussi naturellement que ca.Comme si tout ces mois de silences n'avaient pas existé.Ce n'était que quelques minutes, aussi courtes fussent-elles, elles m'avaient permis de commencer ce dont je rêvais depuis déjà tant de temps.Le dialogue s'était instauré, simple, court, mais il me faisait tant de bien.Ce n'était que des choses futiles dont nous avions parlé, et pourtant.
L'espoir, après une si longue absence, faisait enfin sa réapparition.Comme si de rien n'était, comme s'il ne m'avait jamais vraiment quitté, qu'il avait seulement pris quelques temps de repos.Tout allait si vite, je n'avais même pas le temps de m'en inquietait.Le dialogue était venu si naturellement, qu'il m'avait alors paru si évident.J'espère qu'il en sera de même lorsqu'on sera dans le parc.Mais pourquoi en serait-il autrement, le parc a toujours été le seul endroit dans lequel je trouvais un réconfort lorsque mon deuil était à son stade le plus critique.C'est un lieu dans lequel je me suis toujours sentie bien, comme ailleurs.Pourquoi serait-ce différent en sa présence?Peut-être parce qu'Elle est différente.Parce qu'elle a su me sortir de mon trou et me faire parler, alors que mes amis et le prof avant elle avaient déjà essayer en vain.Mais cela ne sert à rien de stresser alors que le temps de la fin de cet horreur de cours n'est pas encore venu.
J'étais encore plus distraite en cours que dans la matinée.Le prof cessa de tenter de me faire suivre le cours malgrès mon absence de participation lorsque qu'il s'appercut que je ne faisais même plus attention à ses remarques.A quoi bon suivre un cours aussi ennuyeux alors qu'il y avait tant de choses dont ma tête débordait.Tant de sujet qui se rapportaient, finalement, toujours à la même chose mais à propos desquelles j'avais tout de même besoin de réfléchir.
Il ne se passait plus un instant sans que mon attention soit tournée vers Lucie.Le mystère qui l'entourait ne me captivait que d'autant plus.J'étais avide d'en apprendre d'avantage.Je voulais tout savoir d'elle, de son enfance jusqu'ici en passant par tout ce qui fait qu'elle est ce qu'elle est aujourd'hui même.Je voudrais connaître son histoire comme si c'était la mienne, connaître ses passions, ses peurs, ses envies dans les moindre détails.Jamais quelqu'un n'avait autant susciter mon attention, et je voulais faire en sorte que ce ne soit pas en vain.
L'heure de la fin des cours sonna enfin.Je rangeai mes affaires dans mon sac précipitament et alla attendre à la sortie de la salle.Les autres personnes de la classe qui passaient devant moi me regardèrent furtivement mais prirent un air étonné lorsqu'elles virent que je ne m'en allais pas précipitament comme à l'habitude mais que je semblait attendre quelqu'un.Lucie sortit la dernière, elle faisait tout pour qu'on l'oublie, du moin c'est l'impression qu'elle donnait.Elle me rejoint ensuite, le même sourire timide qu'elle avait arborait tout au long de la journée, accroché aux lèvres.
On sortit du lycée, pour se diriger vers le parc dans un silence total.On alla s'assoir près de l'étang qui tronaît au milieu du parc, dans un coin plutôt discret, à l'abri des regards, par pur réflexe.Pour se retrouver loin du monde, loin des autres.Ainsi, même à deux, le problème perd de son ampleur mais est toujours présent.Assise l'une à côté de l'autre, nous observions dans une atmosphère de sérénité l'eau dont les quelques remoux venaient s'écraser avec lenteur contre la berge.Le silence ce soir serait notre seul accompagnateur, nous avions déjà beaucoup parler dans la journée, et aucune de nous deux n'avait réellement le courage d'aborder une nouvelle fois la conversation en sachant que pour chacune, nous avions déjà fait un énorme pas tentant de sortir de la solitude.Cette journée malgrès les apparences fut bien remplis.
La journée s'acheva dans le même silence, un silence qui ne fut pesant à aucun moment, et dont chacune comprenait l'existence à sa facon.Ce silence qui nous a tant tué durant ces quelques mois, et qui commence à peine à s'estomper.On se dit aurevoir, on se sourit, puis chacune retourna dans sa pénitence quotidienne dans un sentiment de fatalité.Ce soir-là, lorsque je m'endormis, ma dernière pensée fut tournée vers cet ange qui venait d'entrée dans ma vie...